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L’IA ne vous rend pas de temps, elle vous en donne à remplir : un directeur technique n’a jamais autant travaillé qu’en 2026

Le 27 octobre 2026, Orestis Ioannou, vice-président technique, montre ses chiffres : 427 tâches en août, son record en sept ans, et la fatigue qui va avec. Une étude de Berkeley sur 200 salariés dit la même chose. Le calcul du temps gagné, et le registre de quatre colonnes pour savoir où il part.

28 octobre 2026 · 6 min de lecture

Automatisation et IA

427 tâches bouclées en août, son record en sept ans, et une phrase : « je suis fatigué »

Le 27 octobre 2026, Orestis Ioannou, vice-président technique de Bold.org, publie un billet au titre sans détour : l’IA promettait moins de travail, il n’a jamais autant travaillé. Il a compté. En août 2026, il a enregistré 427 contributions sur son compte de développeur, son record depuis 2019, devant les 319 d’avril 2020, quand il codait à plein temps. Et il finit sur trois mots : « And I am tired. »

Le billet a fait 630 points et 626 commentaires sur Hacker News en une journée, ce qui en fait l’un des textes les plus débattus de la semaine. Si autant de gens ont réagi, ce n’est pas pour ses graphiques. C’est parce qu’ils se sont reconnus.

Ma thèse, et vous pouvez la contester : l’IA ne vous rend pas de temps. Elle vous en donne à remplir. Si vous ne décidez pas à l’avance où va le temps gagné, il part en travail supplémentaire, chez vous comme chez vos salariés.

Ce que ses chiffres montrent, sans les embellir

Orestis ne prétend pas mesurer sa valeur. Il compte ses actions sur GitHub, l’outil où les développeurs déposent leur travail : modifications, relectures, tickets. C’est un indicateur d’activité, il le dit lui-même. Mais la comparaison avec ses propres années est parlante.

De 2022 à 2025, il avait exactement une journée par an à 24 actions ou plus. En 2026, il en compte 16, au 27 octobre. Ses jours ouvrés sans aucune activité tombent à 18, contre 40 à 46 par an les années précédentes, et il précise que ce ne sont pas des jours de congé. Le nombre d’actions d’un jour ordinaire passe de 3 ou 4 à 7. Il a pourtant un poste de direction qui l’éloignait du code depuis 2022.

Le mécanisme qu’il décrit est simple. Il fait tourner plusieurs agents d’IA en parallèle, et chacun a besoin de lui de temps en temps : une validation, une correction, une décision. Avant, il avait deux ou trois tâches sérieuses par semaine. Aujourd’hui, il passe d’un fil à l’autre toute la journée. Chaque nouvelle capacité de l’IA déclenche une vague d’idées, puis une fatigue, puis un retour au calme. Il en a compté trois depuis janvier. Sa phrase la plus juste : pouvoir faire plus finit toujours par devenir faire plus.

Ce n’est pas un cas isolé : 200 salariés suivis pendant huit mois

On pourrait n’y voir que le témoignage d’un passionné. Une étude dit la même chose. Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye, chercheuses à l’école de commerce Haas de l’université de Berkeley, ont suivi environ 200 salariés d’une entreprise technologique américaine d’avril à décembre 2025. L’entreprise n’imposait pas l’IA, elle payait simplement les abonnements. Leur article dans la Harvard Business Review, publié le 9 février 2026, s’intitule « AI Doesn’t Reduce Work—It Intensifies It ».

Ce qu’elles ont observé : personne n’est parti plus tôt. Les salariés ont travaillé plus vite, pris des tâches qui appartenaient à d’autres, fait plusieurs choses à la fois, et laissé le travail déborder sur le soir, le plus souvent sans qu’on le leur demande. Les auteures parlent d’un rythme qu’elles jugent difficile à tenir. Limite à garder en tête : une seule entreprise, et une étude encore en cours.

Ce qui me frappe, c’est le « sans qu’on le leur demande ». Personne n’a décidé que l’équipe travaillerait plus. C’est arrivé parce que personne n’a décidé l’inverse.

Pourquoi le temps gagné disparaît dans une PME

Je le vois chez les dirigeants que j’accompagne, et chez moi. Une relance client rédigée en deux minutes au lieu de quinze ne libère pas treize minutes. Elle libère la place pour une deuxième relance, un devis de plus, une idée de newsletter qu’on n’aurait jamais lancée. Chaque tâche prise isolément va plus vite. La journée, elle, ne raccourcit pas.

Trois raisons, à mon avis. D’abord, le temps gagné arrive en miettes : cinq minutes ici, dix là. On ne part pas plus tôt avec des miettes, on les remplit. Ensuite, un outil qui produit vite crée des choses à relire, et la relecture, c’est vous. Enfin, ce que l’IA rend facile devient attendu : si un devis peut sortir en une heure, le client l’attend en une heure.

Le coût n’est pas que la fatigue. Orestis le dit : sa capacité à produire a progressé bien plus vite que sa capacité à réfléchir. Dans une entreprise, ça donne des décisions prises entre deux validations, et des erreurs qui passent parce que personne n’avait le temps de lire.

Le calcul à refaire avec vos chiffres

Prenez un salarié qui gagne 40 minutes par jour grâce à l’IA, une estimation raisonnable pour quelqu’un qui rédige des e-mails et des devis. Sur 218 jours travaillés, ça fait environ 145 heures par an, presque quatre semaines de travail. La question n’est pas de savoir si ce temps existe. C’est de savoir où il est allé. Si personne ne peut répondre, il est parti en travail en plus.

Pour le savoir, pas besoin d’un logiciel de surveillance. Toggl Track est gratuit jusqu’à cinq personnes, puis environ 9 dollars par personne et par mois en paiement annuel pour l’offre Starter, selon les comparatifs de 2026 ; vérifiez sur toggl.com avant de compter dessus. Une feuille partagée suffit pour commencer, et elle a l’avantage de ne pas donner l’impression d’un contrôle.

Le registre du temps rendu, à copier

Une feuille, quatre colonnes, remplie une fois par semaine par chaque personne qui utilise l’IA. Comptez dix minutes le vendredi :

  • Colonne 1, la tâche où l’IA aide : « relances clients », « comptes rendus de réunion », « devis de pose ».
  • Colonne 2, les minutes gagnées sur la semaine, estimées honnêtement.
  • Colonne 3, où ce temps est allé : parti plus tôt, tâche en retard rattrapée, nouvelle tâche lancée, je ne sais pas.
  • Colonne 4, le nombre de travaux lancés en parallèle cette semaine.
  • La règle qui tranche : si « nouvelle tâche lancée » et « je ne sais pas » font plus de la moitié de la colonne 3 deux semaines de suite, ou si la colonne 4 dépasse trois, on arrête de lancer et on finit. Le temps gagné doit d’abord servir à rattraper le retard, ensuite à partir à l’heure, et seulement après à faire du nouveau.

Le message à envoyer à l’équipe

Il change tout parce qu’il dit à voix haute ce que personne n’ose demander. À copier tel quel : « L’IA nous fait gagner du temps, et je ne veux pas que ce temps se transforme en travail en plus. Chaque vendredi, notez dans le tableau combien vous avez gagné et où c’est allé. Pas plus de trois travaux en cours à la fois. Si vous finissez plus tôt, vous partez plus tôt. »

La dernière phrase est celle qui coûte. Si vous ne pouvez pas l’écrire, c’est que vous comptiez sur le temps gagné pour faire plus, et c’est un choix légitime. Mais faites-le en le disant, pas en le laissant arriver.

Ce que vous pouvez faire lundi

Une seule chose : ouvrez votre agenda de la semaine passée et comptez les travaux que vous avez lancés parce que l’IA les rendait faciles, et ceux que vous avez terminés. Si vous en avez lancé plus que fini, vous êtes déjà dans la courbe d’Orestis. Fermez-en un avant d’en ouvrir un autre.

Chez Scaile Up, chaque automatisation que je livre vient avec la ligne « où va le temps gagné » écrite avant la mise en route, pas après.

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