Scaile Up

Le blogDéveloppement commercial

Au-delà d’un tiers de vos ventes sur une plateforme, ce n’est plus vous qui fixez vos prix : Amazon vient d’en donner la preuve

Amazon garde près de la moitié de chaque vente de beaucoup de vendeurs et les sanctionne s’ils vendent moins cher ailleurs, y compris sur leur propre site : l’Allemagne lui a ordonné de rembourser 59 millions d’euros, les États-Unis le jugent en mars 2027. Le calcul de dépendance à faire avec vos chiffres, et les trois seuils qui disent quand agir.

15 octobre 2026 · 6 min de lecture

Développement commercial

Un centime d’écart, et le bouton « Ajouter au panier » disparaît

Le média américain More Perfect Union a raconté l’histoire d’un vendeur suspendu par Amazon pour un écart d’un centime : son produit coûtait un cent de moins chez Target. Pendant le Prime Day 2024, d’autres vendeurs ont expliqué à CNBC avoir perdu le bouton « Ajouter au panier » de leur fiche Amazon parce que Target avait mis leurs produits en promotion, sans leur demander leur avis.

Le 14 octobre 2026, la journaliste Amanda Shendruk a assemblé ces pièces dans la newsletter Not-Ship, sous un titre qui dit tout : comment Amazon fait monter les prix sur tout internet. L’article a dépassé 760 votes et 600 commentaires sur Hacker News dans la journée. Sa démonstration tient en deux lignes. Amazon prend une part de plus en plus grosse de chaque vente. Et ses règles interdisent au vendeur de vendre moins cher ailleurs, y compris sur son propre site.

Ma thèse, et vous pouvez la contester : dès qu’une seule plateforme fait plus d’un tiers de vos ventes, ce n’est plus vous qui fixez vos prix. Ce n’est pas une question d’Amazon. C’est une question de dépendance, et elle se mesure en dix minutes.

La part qui part avant même de payer la marchandise

En 2014, Amazon gardait environ 19 % de chaque vente réalisée par un vendeur indépendant, selon l’Institute for Local Self-Reliance. Aujourd’hui, la Federal Trade Commission, l’autorité américaine de la concurrence, écrit dans sa plainte du 26 septembre 2023 que beaucoup de vendeurs reversent près de la moitié de chaque vente.

La commission de base n’explique pas cet écart. Sur Amazon.fr, elle va de 8 à 15 % selon la catégorie, plus 39 € HT par mois pour le compte professionnel (guide LegalPlace, 2026), ce qui reste comparable à eBay ou Walmart. Ce qui fait grimper la note, ce sont les frais « facultatifs » : la logistique d’Amazon, le stockage, les retours et la publicité. La FTC les qualifie de « nécessité virtuelle » : sans la logistique d’Amazon, pas de badge Prime, et sans publicité, pas de place visible dans les résultats.

Prenez un produit vendu 40 €. Une commission de 15 % coûte 6 €. Si l’ensemble des frais atteint la moitié, comme le décrit la FTC, il part 20 €. Les 20 € restants doivent payer la fabrication, l’emballage, les salaires et la marge. La seule variable qui reste au vendeur, c’est le prix. Et comme la commission est un pourcentage, chaque euro de hausse augmente aussi la part d’Amazon.

La règle qui transporte ce prix sur votre propre site

Si l’histoire s’arrêtait là, le vendeur garderait une sortie : vendre plus cher sur Amazon, moins cher sur son site, et laisser le client choisir. C’est précisément ce que la politique de prix d’Amazon empêche. Un produit repéré moins cher ailleurs peut perdre le bouton d’achat, descendre dans les résultats ou faire suspendre le vendeur.

L’Allemagne a tranché la première. Le 5 février 2026, le Bundeskartellamt, l’autorité allemande de la concurrence, a interdit à Amazon de contrôler les prix fixés par les vendeurs sur Amazon.de et lui a ordonné de rembourser 59 millions d’euros, un montant qu’il présente comme partiel. Selon l’autorité, des systèmes automatiques signalaient les produits au-dessus de prix de référence internes, puis les privaient du bouton d’achat ou les cachaient. Amazon fait appel, la décision n’est pas définitive.

Aux États-Unis, la FTC et 17 États poursuivent Amazon depuis 2023 pour ces mêmes pratiques. Le 9 octobre 2026, le juge John Chun a refusé de repousser le procès : il s’ouvrira le 29 mars 2027. Amazon conteste toutes les accusations.

Je ne suis pas juge, et je ne sais pas qui gagnera. Ce que je retiens est plus simple : le vendeur qui fait 70 % de son chiffre sur une plateforme n’a pas le choix de son prix, quelle que soit l’issue des procès. Il a délégué cette décision sans jamais l’écrire nulle part.

Ce n’est pas réservé aux vendeurs Amazon

Remplacez Amazon par le nom qui vous concerne. Un restaurant qui fait la moitié de ses commandes par Uber Eats ou Deliveroo. Un hôtel qui remplit ses chambres par Booking. Un artisan dont les demandes arrivent toutes par une plateforme de mise en relation. Un sous-traitant qui facture 60 % de son année à un seul donneur d’ordre. Le mécanisme est le même : celui qui apporte la majorité des clients finit par fixer les conditions, puis le prix.

Les plateformes ne sont pas le problème. Elles apportent des clients que vous n’auriez pas eus autrement, et c’est une bonne affaire tant que vous pouvez partir. Le problème, c’est le jour où vous ne pouvez plus, et la plupart des dirigeants que je rencontre ne savent pas de quel côté de cette ligne ils sont.

Le calcul à faire avec vos propres chiffres

Exportez vos ventes des douze derniers mois, par canal. Votre logiciel de facturation, votre caisse ou votre compte Stripe le font en quelques clics. Puis remplissez ce tableau, une ligne par canal :

  • Canal : le nom de la plateforme ou du client (site en direct, Amazon, Booking, un donneur d’ordre…).
  • Chiffre d’affaires sur 12 mois : le montant encaissé, pas le montant commandé.
  • Part du total : ce chiffre divisé par votre chiffre d’affaires total.
  • Frais réels : toutes les lignes prélevées, commission, abonnement, logistique, publicité, remboursements. À titre de repère, un paiement par carte européenne standard chez Stripe coûte 1,5 % + 0,25 €.
  • Part réelle gardée : chiffre d’affaires moins frais réels, divisé par le chiffre d’affaires.
  • Règle de prix imposée : oui ou non. Avez-vous signé une clause qui vous interdit de vendre moins cher ailleurs ? Relisez les conditions générales du vendeur, la réponse y est.

Les trois seuils que j’applique

Ces seuils sont les miens, pas une règle de droit. Ils servent à transformer le tableau en décision.

  • Moins de 20 % du chiffre d’affaires sur un canal : rien à faire, c’est un canal parmi d’autres.
  • Entre 20 et 35 % : surveillez la part réelle gardée chaque trimestre. Si elle baisse deux trimestres de suite, le canal vous coûte plus qu’il ne vous apporte.
  • Au-delà de 35 %, ou dès qu’une règle de prix vous est imposée : vous ne fixez plus votre prix. Il faut un deuxième canal que vous contrôlez, votre site, votre fichier clients, votre prospection, avec un objectif chiffré pour ramener la plateforme sous 35 % en douze mois.

Le geste pour lundi

Lundi matin, exportez vos ventes des douze derniers mois et calculez une seule chose : la part de votre chiffre d’affaires qui vient de votre premier canal. Si elle dépasse 35 %, notez la date du jour à côté. C’est le point de départ que vous comparerez dans trois mois.

Si vous voulez qu’un deuxième canal, votre site ou votre prospection, rapporte enfin des clients en direct, c’est ce que nous construisons chez Scaile Up.

Ce sujet vous concerne directement ?

30 minutes d'audit gratuit pour voir ce que ça donnerait dans votre entreprise, chiffres à l'appui.

Reservar una auditoría gratuita