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Proposer à toute l’équipe de partir fait partir ceux que vous vouliez garder : Microsoft vient de l’offrir à 60 000 salariés

Le 26 octobre 2026, Microsoft propose un départ volontaire à environ 60 000 salariés et s’attend à moins de 3 000 réponses positives. Quand c’est le salarié qui choisit, partent d’abord ceux qui retrouvent du travail ailleurs. Le calcul d’une rupture conventionnelle en France, et la grille des départs à remplir avant de proposer quoi que ce soit.

27 octobre 2026 · 6 min de lecture

Équipe et organisation

60 000 salariés invités à partir, et Microsoft espère que moins de 3 000 diront oui

Lundi 26 octobre 2026, Amy Coleman, directrice des ressources humaines de Microsoft, envoie un mémo à ses équipes. Environ 60 000 salariés, à peu près un quart des 223 000 personnes du groupe, reçoivent une « offre de départ volontaire » : une indemnité de départ selon le pays, une réponse attendue début décembre, et un départ au 31 décembre pour ceux qui acceptent. L’offre vise les salariés jusqu’au niveau vice-président aux États-Unis, au Canada, en Inde et au Royaume-Uni.

Le chiffre le plus intéressant n’est pas 60 000. Selon le Seattle Times, Microsoft s’attend à un taux d’acceptation de 3 à 5 %, soit moins de 3 000 personnes, sur la base d’offres comparables dans d’autres entreprises. L’histoire a fait 883 points et 822 commentaires sur Hacker News le jour même, et elle a été reprise par CNBC, Fox Business, Yahoo Finance, KIRO 7 et Kotaku.

Ma thèse, et vous pouvez la contester : quand vous proposez à tout le monde de partir, ce n’est plus vous qui choisissez qui part. Et ceux qui lèvent la main les premiers sont souvent ceux que vous vouliez garder. Microsoft peut se le permettre. Une entreprise de douze personnes, non.

Ce que Microsoft a annoncé, et ce que le mémo ne dit pas

Les équipes ne sont pas toutes concernées de la même façon. D’après le Seattle Times, le jeu vidéo, Windows, Copilot, les ressources humaines et la finance participent entièrement. L’intelligence artificielle, le juridique et le cloud participent en partie. Le marketing, les ventes aux entreprises et la sécurité sont exclus. Autrement dit, Microsoft protège d’abord les équipes qui rapportent ou qui le protègent.

C’est la deuxième offre de l’année. Au printemps, un programme de départ en retraite volontaire était ouvert à environ 8 700 salariés américains, et à peu près un tiers l’a accepté. Microsoft a passé une charge de 900 millions de dollars pour ces départs. Amy Coleman écrit cette fois : « The Voluntary Exit Offer is new for us. We’ll learn from it. » L’offre d’octobre est moins généreuse que celle du printemps, toujours selon le Seattle Times.

Reste la question que tout le monde pose : est-ce l’IA ? Microsoft répète qu’il ne remplace pas ses salariés par des agents d’IA, et sa DRH disait en juillet que les réductions d’effectifs n’étaient pas liées à l’IA. Dans le même temps, le groupe dépense des montants record en puces et en centres de données. Je ne tranche pas à sa place. Je note seulement que réduire la masse salariale sans licencier et financer l’IA sont deux décisions prises la même année.

Pourquoi les meilleurs partent en premier

Mettez-vous à la place du salarié. Vous recevez un chèque pour partir. Si vous savez que trois entreprises vous embauchent dès janvier, le chèque est un bonus : vous partez avec une indemnité et un nouveau salaire. Si vous savez que vous mettrez un an à retrouver un poste, le chèque est un piège : vous restez. L’offre trie donc les gens selon leurs chances dehors, pas selon leur valeur pour vous.

Les économistes appellent ça la sélection adverse. Dans une entreprise, ça se traduit simplement : la personne qui connaît tous les clients par leur prénom, celle qui sait relancer le logiciel de paie quand il plante, celle qui fait les devis compliqués, ce sont aussi celles qu’un concurrent appellera. Chez Microsoft, perdre quelques centaines de ces profils se dilue dans 223 000 personnes. Chez vous, une seule suffit à bloquer un service pendant un mois.

En France, à quoi ressemble la même décision dans une PME

Le cousin français du programme de Microsoft s’appelle la rupture conventionnelle collective, créée par l’ordonnance du 22 septembre 2017. Elle demande un accord collectif majoritaire et une validation par l’administration, la DREETS. Dans une TPE sans représentants du personnel, c’est rarement la voie choisie. Ce qui se pratique, c’est la rupture conventionnelle individuelle, proposée à une personne à la fois.

Le calcul minimum, à refaire avec vos chiffres. L’indemnité ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement : un quart de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à dix ans, un tiers au-delà. Depuis le 1er septembre 2023, l’employeur paie en plus une contribution de 30 % sur la part exonérée de cotisations. Pour un salarié à 2 800 euros bruts par mois et huit ans d’ancienneté : 8 × 0,25 × 2 800 = 5 600 euros d’indemnité minimum, plus environ 1 680 euros de contribution, soit près de 7 300 euros. Comptez ensuite quinze jours de rétractation et quinze jours ouvrables d’homologation.

Ce montant n’est pas le vrai coût. Le vrai coût, c’est ce que la personne savait faire et que personne d’autre ne sait faire. Celui-là n’apparaît sur aucun formulaire.

L’IA n’automatise que ce qui est écrit

C’est là que l’histoire de Microsoft rejoint celle des petites entreprises que je vois. Beaucoup de dirigeants pensent : si quelqu’un part, on automatisera une partie de son travail. C’est possible, mais un outil d’IA ne peut reprendre que ce qui est décrit quelque part. Les règles de tarification que votre commerciale applique de tête, les exceptions de facturation d’un client historique, l’ordre dans lequel on vérifie une commande avant de l’expédier : si rien de tout ça n’est écrit, l’IA n’a rien à apprendre, et le départ emporte la méthode avec la personne.

Écrire n’a pas besoin d’un projet. Un mémo vocal enregistré sur le téléphone pendant que la personne fait la tâche, puis transcrit, suffit à garder l’essentiel, et c’est gratuit. Scribe, qui transforme une suite de clics en guide illustré, a une version gratuite limitée au navigateur ; l’offre Pro Team était relevée à 13 dollars par siège et par mois en paiement annuel, cinq sièges minimum (trainn.co, 20 août 2026). Les sources divergent sur ces prix, vérifiez sur le site de l’éditeur avant de compter dessus.

La grille des départs, à copier

Avant de proposer un départ, à une personne ou à toute l’équipe, remplissez ce tableau. Comptez trente minutes pour dix personnes :

  • Colonne 1, le prénom.
  • Colonne 2, ce que cette personne est seule à savoir faire dans l’entreprise. Une ligne, concrète : « refait les devis de pose sur mesure », pas « polyvalente ».
  • Colonne 3, le nombre de jours qu’il faudrait pour que quelqu’un d’autre le fasse correctement.
  • Colonne 4, votre réponse honnête à une question : si je lui proposais un chèque demain, partirait-elle ? Oui, non, je ne sais pas.
  • La règle qui tranche : toute ligne avec plus de dix jours en colonne 3 et « oui » ou « je ne sais pas » en colonne 4 est une personne à qui vous ne proposez rien avant que sa méthode soit écrite. Vous commencez par elle ce mois-ci.

Ce que vous pouvez faire lundi

Une seule chose : écrivez sur une feuille les trois prénoms que vous ne voulez surtout pas perdre, et à côté de chacun, la tâche que personne d’autre ne sait faire. Puis demandez à la première personne de la liste d’enregistrer un mémo vocal la prochaine fois qu’elle la fait. Si l’une de ces trois tâches n’a encore jamais été décrite, vous avez trouvé votre vrai risque, bien avant toute question de plan de départ.

Chez Scaile Up, je commence chaque mission d’automatisation par cette liste : on écrit d’abord la méthode de ceux qui savent, l’outil vient après.

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