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« C’est dans le cloud » n’est pas une sauvegarde : AWS vient de le prouver, et votre contrat ne vous remboursera pas

Le 15 septembre, AWS a annoncé à ses clients de Bahreïn que leurs données ne reviendraient pas, six mois après les frappes de drones. En France, un client d’OVHcloud a réclamé 6,5 millions après l’incendie de Strasbourg et obtenu 1 800 € en appel. Le montage de sauvegarde à moins de 10 € par mois, et les cinq questions à envoyer à vos fournisseurs cette semaine.

17 septembre 2026 · 7 min de lecture

Gestion et finances

Le 15 septembre, AWS a annoncé que ces données ne reviendraient pas

Mardi 15 septembre 2026, les clients d’Amazon Web Services à Bahreïn ont reçu une réponse qu’ils attendaient depuis six mois. Les données hébergées uniquement dans la région de Bahreïn ne seront pas restaurées. Même verdict pour une des trois zones de la région des Émirats arabes unis. AWS écrit qu’il est « incapable de restaurer l’accès aux ressources et aux données » qui s’y trouvaient exclusivement (CNBC et The National, 15 septembre 2026).

La chronologie tient en quatre dates. Début mars, des drones frappent les centres de données d’AWS dans les deux pays : bâtiments, alimentation électrique, et des dégâts des eaux causés par l’extinction des incendies. En mars puis en avril, la région de Bahreïn tombe à nouveau, cette fois entièrement. Le 15 septembre, AWS rend son diagnostic. Le prochain point sur Bahreïn est annoncé pour début 2027 (Techzine, 16 septembre 2026).

Sur Hacker News, le fil a passé 324 points et 246 commentaires en une journée. Ce qui revient le plus n’est pas la géopolitique. C’est une question que je trouve saine : « ils n’avaient pas plusieurs zones ? »

Trois zones dans un seul pays : la redondance s’arrête à la frontière

Si. Une région AWS est découpée en plusieurs zones de disponibilité : des centres de données séparés, alimentés séparément, à quelques kilomètres les uns des autres. C’est conçu pour survivre à l’incendie d’un bâtiment, à une coupure de courant, à une inondation locale. AWS le reconnaît lui-même : les dégâts ont « dépassé ce que nos services régionaux et multi-zones sont conçus pour supporter ».

Regardez maintenant qui s’en est sorti. Selon AWS, la plupart des clients ont redémarré ailleurs « en restaurant des sauvegardes ou en copiant les données restées accessibles ». Pour les autres, AWS parle de « solutions alternatives ». Traduction : ceux qui avaient une copie dans une autre région ont perdu quelques jours. Ceux qui n’en avaient pas ont perdu les données.

D’où ma thèse, et je sais qu’elle agace : « c’est dans le cloud » ne veut pas dire « c’est sauvegardé ». Le cloud est un endroit. Une sauvegarde, c’est un deuxième endroit, chez quelqu’un d’autre, que vous avez déjà testé.

En France, on a déjà vu le film : 6,5 millions demandés, 1 800 € obtenus

Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, un incendie détruit le bâtiment SBG2 d’OVHcloud à Strasbourg. Parmi les clients touchés, Bati Courtage, une société de courtage en travaux. Elle avait souscrit l’option de sauvegarde. Problème : les copies étaient stockées sur le même site que le serveur d’origine. Tout a brûlé ensemble.

Bati Courtage réclame plus de 6,5 millions d’euros. En janvier 2023, le tribunal de commerce de Lille Métropole lui en accorde 100 000. Le 24 avril 2025, la cour d’appel de Douai ramène l’indemnité à 1 800,48 € : « physiquement isolé » ne voulait pas dire « géographiquement distant », et la clause qui plafonne la réparation aux sommes payées sur les six derniers mois est valable (arrêt rapporté par Me Stéphane Alligne, 5 mai 2025).

C’est la phrase à retenir de tout l’article. Votre contrat ne rembourse pas la valeur de vos données. Il rembourse, au mieux, quelques mois d’abonnement. Six ans de fichiers clients valent, pour un juge, le prix de six mois d’hébergement.

Votre entreprise n’a pas de serveur à Bahreïn. Elle a huit abonnements

Une TPE n’héberge plus rien elle-même. Ses données vivent dans Google Workspace ou Microsoft 365, un logiciel de facturation, un CRM, un outil de réservation, le site. Chaque fournisseur protège son infrastructure. Aucun ne protège vos données contre vous.

Le risque le plus probable chez vous n’est pas un drone. C’est un dossier partagé supprimé par erreur, le compte d’un salarié parti que l’on efface, un rançongiciel qui chiffre le Drive synchronisé, un fournisseur qui ferme ou suspend votre compte. Google l’écrit noir sur blanc : une fois la corbeille vidée, l’administrateur dispose de 25 jours pour restaurer un e-mail ou un fichier Drive, après quoi il est supprimé définitivement et ne peut être restauré « ni par un administrateur, ni par Google » (aide Google Workspace).

Le signe le plus parlant vient de Microsoft : l’éditeur vend lui-même Microsoft 365 Backup, à 0,15 $ le gigaoctet par mois, pour sauvegarder… Microsoft 365. Si l’hébergeur facture la sauvegarde de son propre service, c’est qu’elle n’était pas incluse.

Le montage qui tient pour moins de 10 € par mois

La règle des professionnels s’appelle 3-2-1 : trois copies, sur deux supports, dont une hors site. J’ajoute une contrainte que l’affaire OVH et celle d’AWS rendent évidente : la copie hors site est chez un autre fournisseur, dans un autre pays si possible. Voici le montage que je recommande pour une entreprise de moins de vingt personnes.

  • Copie 1, l’original : Google Workspace, Microsoft 365, votre logiciel de facturation. Rien à faire.
  • Copie 2, un export automatique chaque nuit chez un autre fournisseur : Backblaze B2 à 6,95 $ le téraoctet par mois (grille publique consultée le 17 septembre 2026). 200 Go coûtent 1,39 $ par mois.
  • L’outil qui copie : rclone, gratuit et open source, lancé chaque nuit par une tâche planifiée ; ou Make, plan Core autour de 10 € par mois, si personne chez vous ne veut toucher une ligne de commande.
  • Pour Microsoft 365, l’alternative officielle : Microsoft 365 Backup à 0,15 $ par Go et par mois, restauration gratuite. Plus simple, mais 100 Go y coûtent 15 $ par mois, contre 0,70 $ chez Backblaze.
  • Copie 3, les exports métier une fois par mois : le fichier FEC de la comptabilité, l’export CSV du CRM, la liste clients avec les contrats en cours. Ce sont les fichiers qui font redémarrer une entreprise, et ils tiennent sur une clé USB rangée hors du bureau.

Les cinq questions à envoyer à vos fournisseurs cette semaine

Avant de payer quoi que ce soit, posez la question à ceux qui gardent déjà vos données. Le message ci-dessous est à copier tel quel, à envoyer au support de chaque logiciel où vivent vos clients, vos factures ou vos devis.

  • Objet : où sont nos données et nos sauvegardes ?
  • 1. Dans quel pays et dans quelle région sont stockées nos données, et nos sauvegardes ?
  • 2. Les sauvegardes sont-elles sur un autre site que les données d’origine, à quelle distance ?
  • 3. Combien de temps une donnée supprimée par un utilisateur reste-t-elle récupérable ?
  • 4. Puis-je exporter l’intégralité de nos données, dans quel format, et en combien de temps ?
  • 5. Quel est le plafond d’indemnisation prévu au contrat en cas de perte de données ?

Ce que les réponses vous apprennent

Une réponse floue à la question 2 vaut un non. Une réponse « contactez-nous » à la question 4 veut dire que l’export n’existe pas, et que le jour où vous voudrez partir, vous partirez sans vos données. La question 5, vous connaissez déjà la réponse : elle est dans les conditions générales, et elle ressemble à celle de Bati Courtage.

Ce que je ne sais pas, c’est combien de temps prendrait votre restauration. Personne ne le sait, ni vous ni votre prestataire, avant de l’avoir faite une fois.

Le geste de lundi matin : restaurer un fichier, chrono en main

Une sauvegarde jamais restaurée est une hypothèse. Lundi, prenez une facture de mars dernier et essayez de la récupérer sans passer par l’original : depuis votre copie, sur un autre ordinateur. Lancez un chronomètre. Si vous la retrouvez en dix minutes, vous êtes déjà mieux protégé que Bati Courtage en 2021. Si vous ne savez pas par où commencer, vous savez aussi ce qu’il reste à faire.

Et si vous voulez que l’export de nuit et le test de restauration mensuel tournent sans que personne n’y pense, c’est une des automatisations qu’on met en place : automatisation des processus.

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