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Les Pays-Bas quittent Microsoft : vous n’avez pas à les suivre, mais vous devez pouvoir partir en une semaine

Le 25 septembre, le gouvernement néerlandais a présenté DAWO, son propre poste de travail sous Linux, né de l’affaire de la messagerie du procureur de la CPI. Pour une PME, migrer coûte souvent plus que ça ne rapporte. Ne pas savoir partir coûte plus encore : le plan de sortie en cinq lignes, et le test d’une heure que presque personne ne fait.

26 septembre 2026 · 6 min de lecture

Gestion et finances

Un procureur, une boîte mail, et un pays qui fait ses comptes

Le 6 février 2025, un décret de Donald Trump place Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale à La Haye, sous sanctions américaines. En mai, l’Associated Press rapporte qu’il n’a plus accès à sa messagerie Microsoft et qu’il a dû passer chez Proton Mail, un fournisseur suisse. Microsoft, par la voix de son président Brad Smith, conteste avoir suspendu les services de la Cour. Le détail importe peu aux Néerlandais : la boîte mail d’un magistrat installé chez eux dépendait d’une décision prise à Washington.

Dix-huit mois plus tard, le 25 septembre 2026, le ministère néerlandais de l’Intérieur a présenté DAWO, pour « environnement de travail numérique autonome de l’administration » : un système d’exploitation, une suite bureautique, du stockage en ligne et des outils d’IA, bâtis sur NixOS, un Linux né à l’université d’Utrecht. Huit communes le testent déjà via l’association des communes néerlandaises, sur de vieux portables que Windows 11 refuse d’installer. Une version stable est attendue en 2027 (It’s FOSS, Frandroid, 25 et 26 septembre 2026). Sur Hacker News, l’annonce a dépassé 940 points et 540 commentaires en une journée.

Ma thèse, et je sais qu’elle déplaira aux deux camps : vous n’avez pas besoin de quitter Microsoft. Vous avez besoin de pouvoir le quitter en une semaine. Ce n’est pas la même chose, et la seconde coûte presque rien.

Les Pays-Bas ne sont pas seuls, et ce n’est pas qu’une affaire d’État

En France, la direction du numérique de l’État a annoncé en avril 2026 la sortie progressive de Windows et de six autres familles d’outils américains, avec une feuille de route demandée à chaque ministère pour cet automne (RTS, avril 2026). La Gendarmerie tourne sous Linux depuis 2008, l’Assurance maladie migre 80 000 agents. Le Danemark a commencé en 2025.

On pourrait se dire que c’est de la géopolitique, loin d’une PME de quinze personnes. Sauf que le risque, lui, n’a rien d’exotique. Une boîte mail peut devenir inaccessible pour des raisons bien plus banales qu’une sanction : un compte suspendu par un filtre anti-fraude, une carte bancaire expirée sur l’abonnement, un administrateur parti sans laisser les accès, un litige de facturation. Le jour où ça arrive, la question n’est pas « Microsoft ou pas Microsoft », c’est « combien de jours sans devis, sans factures, sans mails clients ».

Et il y a le prix. Au 1er juillet 2026, Microsoft 365 Business Basic est passé à 6,50 € HT par utilisateur et par mois, soit environ 16 % de plus, et Business Standard à 13,10 € HT, environ 12 % de plus, selon les grilles relayées par Le Monde Informatique et les revendeurs. Pour quinze postes en Business Standard, c’est 2 358 € HT par an. Vous ne choisissez pas ce chiffre, et vous ne choisirez pas le prochain.

Pourquoi je ne vous dis pas de partir

Je ne suis pas d’accord avec ceux qui présentent la migration vers le libre comme une évidence pour une petite entreprise. Les Pays-Bas ont une équipe dédiée, des années devant eux et des milliers de postes pour amortir l’effort. Vous avez un comptable qui vit dans Excel, un client qui envoie des fichiers Word avec suivi des modifications et une assistante qui connaît Outlook par cœur. Le vrai coût d’une migration, l’administration française le dit elle-même, est humain : la formation et les habitudes, pas les licences.

Partir pour partir, c’est donc souvent perdre trois mois de productivité pour économiser quelques centaines d’euros. En revanche, ne pas savoir partir, c’est laisser un fournisseur fixer seul votre prix et votre continuité d’activité. Entre les deux, il y a une position raisonnable : rester, mais avec une porte de sortie testée.

Ce qui vous enferme vraiment

Quand je fais l’inventaire chez un dirigeant, ce n’est presque jamais Word qui l’enferme. Ce sont quatre choses beaucoup moins visibles :

  • Le nom de domaine. S’il a été acheté par le prestataire qui a installé la messagerie, à son nom, vous ne possédez pas votre adresse e-mail. Un domaine coûte une quinzaine d’euros par an ; il doit être à votre nom, avec vos accès.
  • Le compte administrateur. Un seul accès, détenu par un ancien salarié ou un freelance injoignable, et vous ne pouvez même plus exporter vos propres données.
  • Les fichiers sans copie. Tout dans OneDrive, rien ailleurs. Le jour où le compte est bloqué, les devis des trois dernières années le sont aussi.
  • Les automatisations branchées sur un seul outil : un formulaire du site qui écrit dans une liste Microsoft, des factures envoyées depuis Outlook par une règle que personne ne sait refaire.

Le plan de sortie en cinq lignes, à copier

Voici la fiche que je fais remplir. Une page, cinq lignes, rangée hors de l’outil qu’elle protège, dans un coffre de mots de passe comme Bitwarden, gratuit pour un usage individuel, ou tout simplement imprimée :

  • Domaine : chez quel registraire, à quel nom, qui a les accès, date de renouvellement.
  • Administrateurs : deux personnes au minimum, dont le dirigeant, avec la double authentification sur un téléphone de l’entreprise.
  • Export : la procédure pour récupérer mails, contacts, agendas et fichiers, testée au moins une fois, avec la durée réelle notée.
  • Copie : où se trouve la copie hors Microsoft de vos fichiers, et de quand date la dernière.
  • Plan B : le fournisseur vers lequel vous basculeriez la messagerie en urgence, et combien de temps prend la modification des enregistrements DNS chez votre registraire.

Le test que presque personne ne fait

La ligne qui compte est la troisième. Une procédure d’export que personne n’a lancée n’existe pas. Microsoft propose une recherche de contenu dans le portail de conformité pour exporter une boîte mail complète, et OneDrive permet de télécharger un dossier entier ; sur un poste, l’export d’une boîte de quelques gigaoctets prend souvent plus d’une heure. Faites-le une fois, chronométrez, notez.

C’est exactement ce que font les Pays-Bas à leur échelle : huit communes qui testent avant que tout le monde en ait besoin. Leur force n’est pas NixOS, c’est d’avoir mesuré leur dépendance au lieu de la supposer.

Ce que je ne sais pas

On ne connaît ni le budget de DAWO ni le nombre de postes visés, et une version stable annoncée pour 2027 reste une promesse. On ne sait pas non plus précisément ce qui s’est passé avec la messagerie de Karim Khan : l’Associated Press et Microsoft n’en donnent pas la même version. Je m’en tiens donc à ce qui est établi : un gouvernement européen a jugé ce risque assez sérieux pour construire sa propre alternative.

Le geste de lundi matin

Ouvrez l’interface de votre registraire et vérifiez à quel nom est votre nom de domaine. S’il n’est pas au nom de votre entreprise, demandez le transfert dès aujourd’hui. C’est la ligne une du plan de sortie, et elle prend dix minutes.

Et si vous voulez que les exports, les copies et les accès soient automatisés et vérifiés chaque mois sans y penser, c’est ce qu’on installe : automatisation des processus.

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