Le 29 août, j’ai écrit un logiciel en 331 lignes
Il tient dans deux fichiers, 176 lignes pour l’un, 155 pour l’autre. Il envoie ma séquence de prospection à 60 dirigeants de cabinets comptables — 25 envois le 29 août, 25 le 31 —, interroge Resend pour savoir qui a reçu, ouvert, cliqué, et me dessine un tableau de bord. Il m’a coûté zéro euro d’abonnement. Le même mois, Lovable se vendait 25 € par mois et Claude Code venait inclus dans un abonnement à 20 $ : n’importe quel dirigeant de TPE peut aujourd’hui se faire construire un outil dans l’après-midi.
Et c’est précisément pour cette raison que je réponds non, neuf fois sur dix, quand un client me demande « un petit logiciel sur mesure ». Pas parce que c’est devenu difficile. Parce que c’est devenu trop facile, et que la facilité cache le vrai coût.
Voilà ce que j’ai construit, ce que je refuserais de construire, et l’arbre de décision que j’utilise pour trancher entre les deux.
Ce qui a changé cette semaine, et ce qui n’a pas changé
Les chiffres donnent le vertige. Lovable annonçait 400 millions de dollars de revenu annualisé en février 2026 et 100 000 nouveaux projets créés chaque jour (chiffres repris par DevFlows, guide 2026). Anthropic a sorti Claude Fable 5.1 le 1er septembre et baissé de 75 % le prix des lectures en cache — autrement dit, faire relire cent fois le même code par la machine ne coûte presque plus rien. Le coût de construire un logiciel s’est effondré en dix-huit mois.
Ce qui n’a pas bougé d’un centime, c’est le coût de le faire vivre. Un logiciel, ce n’est pas le jour où on l’écrit, c’est les trois cents jours d’après : la mise à jour qui casse une dépendance, le mot de passe qui expire, la sauvegarde qu’on n’a jamais testée, la personne qui part avec la seule compréhension du bidule. Aucun outil d’IA ne fait ça à votre place, et la facture arrive toujours à un moment où vous avez autre chose à faire.
Et il y a un chiffre que les démos ne montrent jamais : selon Veracode, dans son analyse 2026, 45 % du code généré par IA contient une vulnérabilité — clés d’API exposées, saisies non vérifiées, contrôles d’accès incomplets. Sur un outil interne qui ne voit que vos propres données, c’est gênant. Sur un outil où vos clients saisissent leurs coordonnées, c’est un problème de RGPD avec votre nom dessus.
Ce que j’ai construit, et pourquoi c’était le bon cas
Mon petit logiciel de prospection coche toutes les cases qui rendent le sur-mesure raisonnable. Les données sont les miennes, et il n’y en a que 60 lignes. Personne d’autre que moi ne s’en sert. Il ne prend aucun paiement, ne stocke aucune donnée sensible d’un tiers, et s’il tombe en panne un mardi, rien ne s’arrête : la prospection attend mercredi. Il fait une seule chose — envoyer, puis compter — et cette chose n’existait dans aucun outil du marché exactement comme je la voulais : 25 envois par jour maximum, jamais deux fois le même contact, arrêt immédiat dès qu’un prospect répond.
Le montage, pour ceux qui veulent le refaire : un fichier de prospects (email, prénom, entreprise, segment), un gabarit HTML, Resend pour l’envoi depuis un domaine dédié à la prospection — pour ne jamais exposer la réputation de scaileup.com —, avec un mode « à blanc » par défaut qui n’envoie rien sans le drapeau de confirmation. Le second fichier lit le journal des envois, demande à Resend le statut de chacun et produit une page HTML que je consulte le matin. Resend est gratuit jusqu’à 3 000 emails par mois au tarif public à l’heure où j’écris ; j’en envoie 50.
Ce que ça m’a rapporté n’est pas encore une affaire signée : deux vagues de 25, le suivi des clics n’a été actif qu’à partir de la deuxième, et je n’ai pas de rendez-vous à vous montrer. Je le dis parce que c’est vrai, et parce que le sujet de cet article n’est pas le résultat commercial : c’est de savoir quand construire vaut mieux qu’acheter.
Ce que je refuserais de construire, même en une heure
La facturation. Il existe des dizaines d’outils à moins de 30 € par mois qui gèrent la numérotation, la TVA, l’avoir, l’export comptable — et la facture électronique qui devient obligatoire. Reconstruire ça, c’est prendre à sa charge des obligations légales qu’un éditeur assume pour des milliers de clients. Chez moi, c’est Pennylane branché sur Qonto, et je n’écrirai jamais une ligne de code là-dessus.
La prise de rendez-vous. Mon parcours de réservation sur scaileup.com/contact repose sur Cal.com, relié à Google Agenda. Le sur-mesure ne m’aurait apporté que le plaisir de gérer moi-même les fuseaux horaires et les doubles réservations.
Le CRM, l’emailing client, la signature électronique, la paie : même réponse. La règle est simple et elle vaut pour toutes les TPE que j’accompagne. Si un logiciel du marché existe à moins de 50 € par mois et couvre 80 % du besoin, on l’achète, et on met l’intelligence dans les branchements entre les outils — pas dans un outil de plus. C’est exactement là que l’IA rend le plus : Make ou n8n à quelques euros par mois pour relier le formulaire au CRM, le devis à la relance, l’agenda au SMS. Le sur-mesure, on le garde pour le cas où il n’existe rien.
L’arbre de décision, en cinq questions
Copiez-le, et passez-y chaque idée de « petit outil » avant d’ouvrir Lovable. La première réponse « non » vous renvoie vers le marché.
- 1. Un logiciel du marché à moins de 50 €/mois couvre-t-il 80 % du besoin ? Si oui : achetez, et branchez le reste.
- 2. Qui saisit dedans ? Si des clients ou des tiers y entrent leurs données : n’y touchez pas sans un professionnel qui relit le code.
- 3. Que se passe-t-il s’il tombe en panne un mardi à 9 h ? Si l’activité s’arrête : ce n’est pas un projet d’après-midi.
- 4. Fait-il une seule chose ? Si vous listez plus de trois fonctions, vous êtes en train de réécrire un produit qui existe.
- 5. Qui le maintient dans un an ? Si la réponse est « on verra » : la réponse est non.
Ce que vous pouvez faire cette semaine
Mon avis, assumé : la baisse du coût de construction va faire naître des milliers d’outils internes dans les TPE, et la majorité seront abandonnés dans l’année, avec leurs données dedans. Ce n’est pas une raison pour ne rien construire — c’est une raison pour ne construire que ce qui passe les cinq questions. Mon logiciel de 331 lignes les passe. Mon logiciel de facturation ne les passerait pas, et il n’existe donc pas.
Le geste de la semaine : prenez le dernier outil que vous avez eu envie de « faire faire », et passez-le à l’arbre. Cinq minutes. Si la réponse est oui à tout, construisez-le, et vous m’enverrez le résultat. Si la première réponse est non, vous venez d’économiser un an de maintenance.
Et si vous avez un vrai cas — celui où rien n’existe —, c’est le métier de notre service création de SaaS et d’applications : une V1 en 4 à 8 semaines, dont vous êtes propriétaire du code.
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