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L’IA ne supprime pas d’emplois en France, elle supprime des offres : ce que ça change pour le poste que vous n’avez pas ouvert

Une étude sur les offres de France Travail, relayée le 22 septembre : les métiers les plus exposés à l’IA ont vu leurs offres reculer de plus de 50 % par rapport aux autres depuis fin 2023, et de 25 % pour 125 métiers dont les comptables et les RH. Le même jour, le prix des modèles a été divisé par deux. Le calcul à poser avant d’embaucher, et la règle qui tranche tâche par tâche.

23 septembre 2026 · 7 min de lecture

Équipe et organisation

Le 22 septembre, deux nouvelles sont tombées le même jour

Mardi 22 septembre 2026 au matin, Le Monde a publié le compte rendu d’une étude de Marie-Renée Andreescu et Éric Maurin, « Generative AI and the Changing Demand for Skills », construite sur les offres déposées à France Travail entre fin 2023 et début 2026. Résultat principal : pour les métiers les plus exposés à l’IA générative, informatique et télécoms en tête, les offres ont reculé de plus de 50 % par rapport aux métiers qui ne le sont pas. Sur un ensemble plus large de 125 métiers exposés, dont les comptables et les professionnels des ressources humaines, l’écart atteint 25 % début 2026. Ces métiers représentent 15 à 20 % de l’emploi, et les auteurs estiment l’effet national autour de 5 % des offres en moins.

L’après-midi du même jour, Anthropic et OpenAI ont chacun sorti de nouveaux modèles. Claude Opus 5.5 passe à 4 $ le million de jetons en entrée et 20 $ en sortie, soit 20 % de moins que la version précédente. GPT-6 Sol descend à 2 $ et 10 $, GPT-6 Luna à 0,10 $ et 0,50 $ : moitié prix par rapport aux modèles qu’ils remplacent (annonces du 22 septembre 2026).

Ma thèse, et elle va faire grincer : ce qui disparaît en France, ce ne sont pas les emplois, ce sont les offres. Personne n’a été licencié par une machine. Des dirigeants ont simplement arrêté d’ouvrir des postes, souvent sans se dire que c’était à cause de l’IA.

Ce que l’étude dit exactement, et ce qu’elle ne dit pas

Le chiffre de 50 % est un écart relatif entre deux familles de métiers, pas une destruction de postes. Un métier exposé dont les offres baissent moins vite que la moyenne resterait « en baisse » dans cette lecture. C’est une mesure de dynamique, pas un compteur de chômeurs.

Une offre n’est pas un emploi non plus. Beaucoup d’entreprises recrutent sans passer par France Travail, surtout pour les postes qualifiés. Et ce qui recule d’abord, ce sont les postes juniors : le premier emploi, la reconversion, l’assistant qui apprend le métier en le faisant.

Ce que l’étude établit, en revanche, est solide et rarement dit ainsi : la décision qui change, c’est celle d’ouvrir un poste. Elle se prend silencieusement, sans plan social, dans des milliers de petites entreprises.

Pourquoi une TPE est concernée avant les grandes entreprises

Dans une société de cinq personnes, le poste discuté depuis six mois ressemble presque toujours au même profil : quelqu’un pour les devis, les relances, la saisie, les rendez-vous, les mails. C’est exactement le périmètre où une automatisation correcte fait 60 à 80 % du travail, et c’est pour ça que ce poste est le premier à ne pas s’ouvrir.

Sauf que « ne pas embaucher » n’est pas une décision. C’est un report. Le travail, lui, reste, et il finit le soir sur le bureau du dirigeant. J’ai vu ça plus souvent que l’inverse : l’entreprise n’a pas embauché, n’a rien automatisé, et le dirigeant a absorbé. C’est le pire des trois scénarios.

Le calcul, avec vos chiffres et pas les miens

Avant de trancher, posez les deux colonnes sur une feuille. Je ne connais ni votre coût chargé ni vos volumes : mettez les vôtres, la méthode compte plus que mes exemples.

  • Colonne humain : salaire brut du poste envisagé, plus les charges patronales, plus le matériel et le temps de formation des trois premiers mois. Ajoutez le temps que vous passerez à encadrer, en heures par semaine.
  • Colonne machine : les abonnements réels. Make plan Core autour de 10 € par mois, un assistant à 20 $ par mois, et le coût des appels API si vous branchez un modèle : 2 $ le million de jetons en entrée chez GPT-6 Sol, 0,10 $ chez Luna, 4 $ chez Claude Opus 5.5. Ajoutez la mise en place, une fois : une à trois journées de travail.
  • Dans les deux colonnes : la même liste de tâches, découpée. Devis, relances, prise de rendez-vous, saisie comptable, tri des mails, réponses types, compte rendu de réunion.
  • En face de chaque tâche, une seule question : est-ce qu’elle a une règle claire et des données propres ? Si oui, la machine la fait. Si elle demande de juger, de négocier ou de rassurer, elle reste humaine.

La règle que j’applique chez mes clients

Une tâche avec une règle et une source fiable part à la machine. Une tâche qui demande un jugement reste humaine, et l’humain la fait mieux quand la machine lui a préparé le terrain.

Concrètement, sur le poste administratif classique : l’enregistrement des factures, la création des fiches clients, l’envoi des relances, la proposition de créneaux, la mise en forme des devis partent à la machine. L’appel au client qui n’a pas payé, la négociation d’un délai, la réponse à un client mécontent, le choix des prix restent à vous. Le poste que vous ouvrirez ensuite n’est alors plus un poste de saisie : c’est un poste commercial ou technique, et il rapporte au lieu de coûter.

C’est aussi la lecture optimiste de l’étude. Les offres qui baissent sont celles des tâches répétitives. Rien n’indique que les entreprises embauchent moins de gens qui vendent, fabriquent ou réparent.

Ce que la baisse des prix change vraiment

Un mot sur les annonces du même jour, parce qu’elles pèsent sur le calcul. Quand le prix du million de jetons passe de 4 $ à 2 $, ce n’est pas une remise commerciale, c’est un seuil qui tombe. Des automatisations qui coûtaient 40 € par mois en coûtent 20. À ce niveau, la question n’est plus le budget, c’est le temps de mise en place et la qualité de vos données.

Ce que je ne sais pas : combien de temps ces prix tiendront. Ils baissent depuis trois ans, mais aucun éditeur ne s’engage. Construisez donc vos automatisations de façon à pouvoir changer de modèle, et notez ce que chacune vous coûte réellement chaque mois.

Le geste de lundi matin

Prenez la fiche de poste que vous n’avez pas publiée. Découpez-la en tâches, une ligne par tâche, et mettez une croix devant celles qui ont une règle claire. Comptez les heures par semaine de chaque colonne. Si la colonne « règle claire » dépasse la moitié, vous n’avez pas un problème de recrutement, vous avez un problème d’outillage, et ça se règle en quelques jours.

Et si vous voulez que ces tâches tournent sans que personne les reprenne à la main, c’est ce qu’on installe : automatisation des processus.

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